Anouilh, Jean (1910 – 1987)

Jean–Marie–Lucien–Pierre Anouilh est l’homme qui bouleversera la scène théâtrale lors de la Seconde Guerre Mondiale, l’écrivain qui créera des thématiques pour la classification de son ouvrage, l’auteur qui fera la combinaison entre les tragédies grecques anciennes et la vie contemporaine.
Il naît le 23 juin 1910 à Bordeaux. Son père, François Anouilh, est tailleur et sa mère, Marie–Magdeleine Soulue, est un esprit artistique qui s’occupe de la musique. C’est elle qui offre l’éducation musicale à son fils en étant professeur de piano et pianiste d’orchestre à Arcachon.
Depuis 1921, il vit à Paris et il fait ses études secondaires au Lycée Chaptal. Lors de ses études, sa passion pour le théâtre fait son apparition vu qu’il étudie des pièces des écrivains français ou des écrivains étrangers. L’année 1928 est celle qui va changer toute sa vie puisqu’il va découvrir qu’il est destiné au théâtre. Il suit la représentation théâtrale en quatre actes « Siegfried » de Jean Giraudoux (1882 – 1944) à la Comédie des Champs-Élysées et il comprend son but dans la vie.
Néanmoins, il ne commence pas encore son écriture. Il travaille pour peu de temps au bureau des réclamations du magasin parisien Grands Magasins de Louvre et pour deux ans dans l’agence de publicité Étienne Damour. En 1929, il devient le secrétaire général de la Comédie des Champs-Élysées qui est dirigée par l’acteur français Louis Jouvet (1887 – 1951). Mais, la collaboration entre les deux hommes n’aura pas de grande durée et elle se terminera en 1930. En même temps, il écrit sa première pièce, la saynète intitulée « Humulus le muet » qui sera achevée plus tard.
Après son service militaire, Jean Anouilh revient à Paris. En 1932, il fait monter sa pièce théâtrale en trois actes « L’Hermine » qu’il avait écrite en 1929, au Théâtre de l’Œuvre et il gagne assez de bonnes critiques. En plus, il connaît la comédienne Monelle Valentin (1905 – 1979) avec qui il va vivre pour quelques années. En 1933, il présente sa pièce théâtrale « Mandarine » au Théâtre de l’Athénée, mais le public ne l’accueille pas bien. Un an après, il rencontre le bonheur absolu issu de la naissance de sa fille Catherine.
Après avoir fait quelques changements à la façon de son écriture, Jean Anouilh met au jour, en 1937, une autre pièce qui va constituer son premier triomphe. Il s’agit de la pièce de théâtre en cinq tableaux « Le Voyageur sans bagage » jouée au Théâtre des Mathurins dans la mise en scène de Georges Pitoëff (1884 – 1939). Son succès continue avec la représentation de la pièce théâtrale « Le Sauvage » au Théâtre des Mathurins en 1938 qui est, aussi, mise en scène de Georges Pitoëff. Lors de la même année, sa comédie-ballet « Le Bal des voleurs » est montée au Théâtre des Arts dans la mise en scène d’André Barsacq (1909 – 1973).
Malgré que la Seconde Guerre Mondiale éclate en 1939, Jean Anouilh n’arrête ni son écriture ni ses représentations théâtrales. Ainsi, lors de cette année, il fonde la revue La Nouvelle Saison avec le comédien et dramaturge Jean–Louis Barrault (1910-1994), l’auteur Claude Schnerb (1914-2007) et avec l’écrivain et journaliste René Barjavel (1911 – 1985). Cependant, son succès ne cesse pas vu que deux nouvelles pièces seront présentées l’une après l’autre. Le grand dramaturge se tourne vers un autre type d’écriture qui apparaît au XXème siècle. En particulier, quelques écrivains reprennent les tragédies des Grecs anciens et ils les réécrivent en les adaptant à la vie actuelle. Leur but n’est pas de présenter des tragédies différentes ou d’annuler la valeur d’écriture des Anciens. Au contraire, les dramaturges contemporains essaient de présenter des idées, des sentiments, des idéaux ou même des pensées concernant la vie politique ou la vie sociale de leur époque. De cette façon, ils prennent les tragédies et ils les transforment en récits contemporains qui présentent leurs croyances. En 1942, la pièce « Eurydice » est montée au Théâtre de l’Atelier et en 1944, la pièce en un acte « Antigone » qui est inspirée d’« Antigone » du tragique grec Sophocle (495 av. J. – C. / 406 av. J. – C.) au même théâtre ; Monelle Valentin interprète les rôles d’Eurydice et d’Antigone. La pièce « Antigone » va connaître un grand succès et attirer l’attention de plusieurs hommes qui seront pour ou contre cette œuvre.
En 1942, le dramaturge décide de classifier ses œuvres à travers leurs thématiques en créant de cette façon sa collection théâtrale. Quoiqu’assez de pièces parlent des sujets communs, Jean Anouilh sera considéré comme le créateur qui a présenté ses pensées liées aux sujets différents concernant la vie quotidienne avec ses difficultés, les relations humaines avec l’hypocrisie et le mensonge, les classes sociales avec les pauvres et les riches, les situations sentimentales avec l’amour et la trahison, les situations politiques avec l’abus du pouvoir, les premiers souvenirs de l’homme depuis son enfance et la fin de la vie humaine avec la mort. La classification de son œuvre, suivie d’une pièce théâtrale, est la suivante :
1. Pièces roses
Il s’agit surtout des comédies qui présentent des histoires aimables et pleines d’amour ( « Le Rendez–vous
de Senlis »).
2. Pièces noires et Nouvelles pièces noires
Il s’agit des pièces présentant des héros qui n’obéissent pas aux règles précises, qui luttent pour leurs idées, qui cherchent leur joie en restant attachés au passé.
Pièces noires : « Eurydice »
Nouvelles pièces noires : « Antigone »
3. Pièces brillantes
Il s’agit des pièces dévoilant les relations des hommes « brillants » qui appartiennent à des sociétés différentes et qui vivent en riant afin de cacher leur hypocrisie ou leurs mensonges : « L’Invitation au château ».
4. Pièces grinçantes
Il s’agit des pièces à travers lesquelles le dramaturge essaie d’exposer son opinion sur des situations précises en devenant quelquefois cynique d’un style satirique.
Pièces grinçantes : « La Valse des toréadors »
Nouvelles pièces grinçantes : « L’Orchestre »
5. Pièces costumées
Il s’agit des pièces qui présentent les protagonistes portant des costumes différents par rapport à leur rôle. Ces pièces vont impressionner le public théâtral et constituer la raison du décernement des prix à Jean Anouilh : « Becket ou l’Honneur de Dieu ».
6. Pièces baroques
Il s’agit des pièces dans lesquelles il y a le changement d’intrigues, l’émotion, l’inconstance, le manque de tonalité : « Ne réveillez pas Madame ».
7. Pièces secrètes
Il s’agit des pièces emplies de magie qui témoignent le secret des protagonistes ou dévoilent, peut-être, les pensées profondes du dramaturge : « Le Scénario ».
8. Pièces farceuses
Il s’agit des pièces dans lesquelles l’élément comique est très fort et capable de donner au public tous les messages de Jean Anouilh : « Épisode de la vie d’un auteur ».
Le dramaturge continue l’écriture de nouvelles pièces qui dévoilent le scepticisme et la maturité de cet homme comme le résultat de son travail dur. En 1946, il écrit une autre tragédie en se basant encore une fois sur les Grecs anciens ; il s’agit de sa pièce « Médée » qui sera montée au théâtre quelques années plus tard. L’année suivante, il écrit la pièce de théâtre en cinq actes « L’Invitation au théâtre » qui sera jouée lors de la même année au Théâtre de l’Atelier. Les spectateurs, les critiques de théâtre, les journalistes sont vraiment impressionnés de créativité de cet homme qui n’abandonne jamais son écriture.
Entre-temps, sa vie personnelle va changer après sa rencontre avec la comédienne Nicole Lançon (1927 – 2007) qui deviendra son épouse. L’année 1950 aura une grande signification pour la vie du dramaturge au domaine personnel et au domaine artistique. En premier lieu, sa nouvelle compagne accouche d’une fille nommée Caroline et en deuxième lieu Anouilh présente sa pièce théâtrale « La répétition ou l’Amour puni » au Théâtre Marigny. C’est la pièce qui va attirer l’attention du public en raison de sa technique. En 1951, Jean Anouilh se tourne vers le théâtre d’avant-garde en essayant de présenter quelque chose de différent et plus moderne. En outre, le terme « avant-garde », paru lors du XIXème siècle, désigne les hommes qui ont quelques nouvelles idées ou des idées expérimentales sur l’art, la politique, la vie quotidienne. En ce qui concerne le secteur du théâtre, l’avant-garde caractérise le créateur qui n’obéit plus aux règles précises, qui ne suit pas les stéréotypes esthétiques du passé, qui peut transformer tout en art. Cette décision ne l’empêche pas de continuer son écriture qui ne convient pas à l’avant-garde. Ainsi, en 1952, sa pièce de théâtre en cinq actes   « La Valse des toréadors », dédiée au poète et dramaturge français Roger Vitrac (1899 – 1952), est montée à la Comédie des Champs-Élysées. En plus, lors de cette année-là, la première fille de Jean Anouilh, Catherine, épousera l’assistant réalisateur Alain Tesler et pour cette raison une représentation spéciale est montée à la Comédie des Champs-Élysées. Il s’agit de la pièce théâtrale en un acte « Cécile ou l’École des pères » dont le rôle de Cécile est donné à Catherine.
En 1953, sa pièce de théâtre en un acte « L’Alouette » est montée au Théâtre Montparnasse. Anouilh est influencé par l’histoire de la jeune fille Jeanne d’Arc (1412 – 1431) considérée depuis le XIXème siècle comme la « mère de la nation française » et il crée sa Jeanne d’Arc, c’est-à-dire l’alouette qui est à Rouen afin de dire « non » aux règles et aux hommes de l’Église. En parallèle, il prend la décision d’épouser et son mariage avec Nicole Lançon se réalise en Angleterre tandis qu’ils ont déjà obtenu leur deuxième enfant. En 1955, Jean et Nicole obtiennent leur troisième enfant. En plus, une nouvelle pièce en quatre actes est montée à la Comédie des Champs-Élysées. Anouilh est influencé cette fois-ci par la pièce « Dom Juan » de Molière (1622 – 1673) et il monte la pièce « Ornifle ou le Courant d’air ». En 1956, le dramaturge essaie de montrer la pratique abusive du pouvoir lors de la Révolution française (1789 – 1799) en présentant la pièce théâtrale nommée « Pauvre Bitos ou le Dîner des têtes » au théâtre Montparnasse-Gaston Baty. Après avoir reçu le Prix Dominique de la mise en scène en 1956, il fait monter trois pièces lors de la même année afin de ne pas décevoir son public. Une de ces pièces est celle intitulée « L’Hurluberlu ou le Réactionnaire amoureux » inspirée de la pièce « Misanthrope » de Molière. Il paraît qu’Anouilh est bien influencé par la vie et les créations de ce grand comédien vu qu’il met en scène le   « Tartuffe » en 1960. Puis, il fait monter la pièce « Becket ou l’Honneur de Dieu » au théâtre Montparnasse-Gaston Baty et il connaît un grand succès vu que les représentations dureront deux ans. Grâce à cette pièce, il recevra trois récompenses à New-York en 1961 ; une pour la pièce, une pour les costumes et une pour les décors. Pendant cette année–là, Jean Anouilh présente encore une pièce pleine de costumes et de décors ;        « La Grotte » qui est plutôt un échec.
Après cet échec, Jean prend la décision d’arrêter l’écriture de nouvelles pièces théâtrales. Ainsi, il s’occupe de la traduction, l’adaptation ou la mise en scène des pièces théâtrales des créateurs étrangers comme « Richard III » de Shakespeare (1564 – 1616). Mais, le public théâtral n’en est pas impressionné et Anouilh met fin à tout cela. En 1968, il impressionne de nouveau son public d’une nouvelle écriture. En particulier, influencé par le poète et le fabuliste français La Fontaine (1621 – 1695), il écrit quarante-sept faibles sous le titre « Chansons Bêtes » et il les présente au théâtre de la Gaité-Montparnasse. Quoique sa carrière soit à son apogée, sa vie personnelle est remplie de problèmes conjugaux qui conduisent à la séparation de Jean de sa femme Nicole. Cependant, cela ne constitue pas d’obstacle dans son écriture.
En 1969, il devient encore une fois père après la naissance de son fils Anouk de sa relation avec Ursula Wetzel. Un an plus tard, Anouilh va bouleverser la société française. Il fait monter la comédie en quatre actes intitulée « Les Poissons rouges ou Mon père ce héros » au Théâtre de l’Œuvre afin de présenter les différences entre les pauvres et les riches. Il s’agit de la pièce qui deviendra la raison du décernement du prix de la Critique dramatique pour la meilleure création française à lui. Lors de la même année, Jean Anouilh est honoré du prix Cino Del Duca qui est un prix international français et décerné chaque année à une personnalité majeure des lettres ou des sciences comme une récompense de son activité. Puis, on lui propose d’entrer à l’Académie française, mais Anouilh ne l’accepte pas. Cependant, en 1971, il est honoré du prix du Brigadier offert à une personnalité du monde théâtral. Ainsi, Jean Anouilh est récompensé pour ses trois pièces théâtrales qui sont mises à l’affiche. Parmi elles, c’est la pièce « Tu étais si gentil quand tu étais petit » inspirée de la tragédie « Choéphores » du tragique grec Eschyle (526 av. J. – C. /              456 av. J. – C.).
Les années qui suivent seront très créatives pour ce dramaturge vu qu’il fera monter des pièces qui sont mises en scène par lui-même ou par d’autres personnes. En plus, en étant influencé de nouveau par le tragique grec Sophocle et plus particulièrement par sa tragédie « Œdipe – Roi », Jean Anouilh écrit la pièce théâtrale « Œdipe ou le Roi boiteux ». Malheureusement, la mort de sa première compagne, Monelle Valentin, en 1979, apporte une grande tristesse dans sa vie. Néanmoins, en 1980, il reçoit le Grand Prix du théâtre pour l’ensemble de son œuvre. Il s’agit d’un prix annuel décerné par l’Académie française.
En 1981, le public théâtral suivra la dernière représentation de Jean Anouilh étant donné qu’il sera obligé d’arrêter en raison des problèmes de santé. Ainsi, la pièce « Le Nombril » est jouée au Théâtre de l’Atelier et lors de la même année, le dramaturge reçoit le Grand Prix par la Société des auteurs et des compositeurs dramatiques ; c’est la plus ancienne des sociétés françaises qui gère les droits d’auteurs. Après une crise cardiaque en 1983, il laisse la ville de Paris et il va avec sa compagne Ursula en Suisse. Trois ans plus tard, il écrit les souvenirs de sa vie dans son récit autobiographique « La vicomtesse d’Eristal n’a pas reçu son balai mécanique » et en 1987, il commence à écrire sa pièce inaccomplie           « Thomas More ou l’Homme libre » qui sera publiée après sa mort. Pendant la même année, il doit entrer à l’hôpital de Lausanne pour faire une transfusion. Finalement, il laisse le dernier soupir le 3 octobre 1987.
Jean Anouilh est considéré comme l’un des plus grands dramaturges du XXème siècle vu que ses pièces théâtrales n’avaient pas de style précis. Il écrivait avec la même passion des comédies ou des tragédies en essayant de révéler toutes ses pensées qui formaient son caractère. Assez de ses œuvres sont adaptées à la télévision comme « Le voyageur sans bagage » ou au cinéma comme le film américano-britannique « Becket » d’après sa pièce « Becket ou l’Honneur de Dieu ». En plus, on trouve plusieurs pièces d’Anouilh qui sont présentées sous forme d’opéra comme la pièce « Antigone » créée à Athènes en 1999. Mais, comment cet homme a-t-il réussi à influencer les autres formes artistiques ? On pourrait supposer que cette influence est issue de l’amour de Jean Anouilh pour l’écriture théâtrale. Il paraît qu’il écrivait continuellement afin de montrer tout ce qu’il voulait, tout ce qu’il dominait son âme ou sa pensée. Son esprit créatif était réel et ainsi, même si, après sa mort, il continue à influencer les autres formes d’art.
Nous, nous pourrions lire ses pièces afin de comprendre les messages cachés dans les petits mots et de trouver le pouvoir de ne pas arrêter devant la première difficulté. Jean Anouilh a prouvé que l’homme était capable de réaliser ses rêves ; alors, il suffit que nous le comprenions aussi !

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